Un rapport choc d’Amnistie internationale sur le logement chez les Autochtones
Maisons en mauvais état, surpopulation, pauvreté: la communauté atikamekw de Manawan, au Québec, vit une grave crise du logement. C’est ce que nous apprend l’organisation Amnistie internationale dans un rapport publié le 29 avril. Mais Manawan n’est pas la seule: selon son chef, Sipi Flamand, les 630 communautés autochtones du Canada vivent la même chose. On lui a parlé.
D’abord, c’est quoi, Amnistie internationale?
C’est une organisation internationale qui fait la promotion des droits de la personne. Ça inclut le droit à la vie, à la santé, à l’égalité. Il y a des endroits sur Terre, incluant au Canada, où ces droits ne sont pas respectés. Amnistie internationale sert à rappeler leur importance pour corriger ces situations.
Le rapport d’Amnistie internationale est alarmant: les 3000 habitants de Manawan vivent dans des «conditions inacceptables». La communauté aurait besoin d'au moins 150 nouvelles maisons pour loger tout le monde convenablement. Les maisons actuelles sont vieilles ou mal isolées. La présence de moisissures, de petits champignons microscopiques, pose un risque pour la santé.
Le manque de logements oblige les familles à vivre à plusieurs sous un même toit. Il y a en moyenne 8 personnes par maison. Cela fait en sorte que les gens n’ont pas de pièce tranquille pour se reposer, étudier ou dormir. Ce manque d’intimité a un impact très négatif sur la santé mentale.
La situation de Manawan n’est ni nouvelle ni unique. Ça fait des années que différentes organisations réclament de l’aide au gouvernement fédéral pour les communautés autochtones du Canada.
J’en ai parlé au chef de Manawan, Sipi Flamand, qui a collaboré avec Amnistie internationale pendant les deux dernières années.
Le chef de Manawan, Sipi Flamand
Chef Flamand, comment cette crise du logement affecte-t-elle les enfants des communautés autochtones?
Les enfants n’ont pas d’espace tranquille pour se reposer ou faire leurs devoirs. Ça affecte leur concentration. Il y a du décrochage scolaire chez les adolescents. La crise du logement entraîne des problèmes sociaux et académiques.
Il faut plus d'argent que ce que le gouvernement a annoncé pour les communautés dernièrement?
Les 2,5 milliards de dollars annoncés, pour les besoins actuels, c’est des miettes.
Au Québec, on aurait besoin de plus de 100 milliards pour répondre aux besoins des communautés autochtones.
Est-ce que l’argent va tout régler?
Non, il faut se parler et trouver des solutions ensemble: le gouvernement et les communautés autochtones. Les programmes, les lois, les solutions doivent être développés avec nous.
L’ONU a déjà dénoncé la situation des communautés autochtones. C'est maintenant Amnistie internationale qui le fait. Croyez-vous que les choses vont changer?
Je sens beaucoup de solidarité des Canadiens et des Québécois depuis le dévoilement du rapport. Je crois qu’on débute une nouvelle relation avec les gouvernements. Mon souhait, c’est qu’on réussisse à améliorer les conditions de vie des Autochtones pour qu’elles soient au même niveau que celles du reste des Canadiens. Parce qu’en ce moment, on a 25 ans de retard.
Vous avez espoir?
La réconciliation, ce n’est pas juste des promesses et des discours. Mais oui, j’ai espoir que ça se traduise en actions.
Et toi, avec combien de personnes vis-tu? As-tu une chambre juste à toi, ou la partages-tu avec un membre de ta famille?
